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Deux heures au hammam des Bains de l'Opéra (Lyon)

C’est vendredi, j’ai traversé la moitié de la France pour passer un week-end entre filles à Lyon, et pendant que Jude fignole la paperasse du vendredi matin avant de nous rejoindre, Lola (qui a traversé la moitié de la France avec moi) et moi, donc, poussons la porte des Bains de l’Opéra pour une séance de hammam. Depuis le temps que je voulais aller dans un VRAI hammam ! Jusqu’à présent, je ne connaissais que les hammams de Caudalie, Calicéo et la piscine municipale, et la frustration devenait insupportable. Mais désormais, je peux enfin dire que moi aussi, j’ai sué dans un hammam traditionnel. En attendant de suer dans un hammam au Maroc…

Nous arrivons à 11 heures moins dix devant la porte du hammam, et malgré nos dix minutes d’avance, nous sonnons. Nous montons au premier étage, dans une pièce très chaleureuse avec ses parquets et ses plafonds en bois qui contrastent avec les murs de pierre. Aussitôt, nous nous écrions : "Il fait chaud !"

Il faut dire que dehors, il fait à peine 5 degrés. Nous sommes accueillies par une réceptionniste overbookée, le téléphone dans une main, le stylo dans l’autre, l’œil droit sur le planning, l’œil gauche sur nous. Elle raccroche et nous adresse un large sourire.

- "Bonjour, vous aviez réservé à 11 heures c’est ça ? Vous n’êtes pas en retard… Vous voudrez un gommage ou un soin ?

- Non merci. Juste l’accès au hammam. Par contre, il nous faudra un savon noir."

Elle nous remet une boîte ronde en plastique, qui doit contenir le fameux savon noir. Je n’en ai jamais vu puisque je n’ai encore jamais mis les pieds dans un hammam. J’ai hâte d’ouvrir la boîte pour voir à quoi il ressemble. Une hôtesse nous remet deux serviettes, deux bols et des sandales en plastique, puis nous indique les vestiaires. Deux femmes se changent entre les casiers et les lavabos, sans fausse pudeur. Aussitôt, je me sens plus sereine ; ça fait du bien d’être entourée de gens qui n’ont rien à cacher. Lola et moi sommes plus timides, et nous changeons dans les cabines – dont les rideaux résolument entrebâillés ne cachent d’ailleurs pas grand chose. Son maillot de piscine noir et mon maillot de plage doré enfilés, nous sortons ; à nous le hammam !

Je n’y tiens plus, j’ouvre la boîte qui contient le mystérieux savon noir ; un mélange noir-marron-vert-orange visqueux me regarde avec un air malicieux qui dit "tu vas adorer plonger tes doigts dans ma texture étrange". Et en effet, j’adore plonger mes doigts dans cette texture étrange. Au début, l’odeur me rebute ; dix secondes plus tard, je l’adore. Ça sent l’Ailleurs, ça sent la tradition orientale, ça sent les mystères de la féminité méditerranéenne. Mais Lola s’impatiente : "J’ai chaud, on y va ?" Nous descendons un escalier, et à chaque marche, Lola répète : "J’ai chaud."

Elle aurait pu s’attendre à avoir chaud dans un hammam. Je trouve cette chaleur formidable. Je ne sais pas au juste s’il est dans les règles de se gommer et savonner avant d’entrer dans la pièce chaude, mais Lola a décrété que ce serait mieux et je suis de son avis. Munies de nos gants de crin et du savon noir, nous entrons dans les douches et nous gommons et nous savonnons énergiquement. La moitié du savon y passe. Il faut dire aussi que ça ne mousse pas, et quand ça ne mousse pas, quel que soit le produit (savon, shampoing, liquide vaisselle), j’en rajoute toujours jusqu’à ce que ça mousse – et à la fin, ça mousse un peu. 

Après dix minutes de gommage-savonnage intensif, auquel aucune cellule morte n’aura pu résister, je referme à regrets la boîte de savon noir et nous entrons dans la pièce chaude. C’est une très jolie salle de mosaïques grises et blanches avec des bancs le long des murs. Une estrade occupe le fond de la pièce, où les baigneuses peuvent s’allonger pour se relaxer. Des robinets coulant dans des vasques en verre permettent de se rafraîchir. Mes yeux se posent presque immédiatement sur une porte, de laquelle se dégage de la vapeur : la vraie pièce chaude, c’est celle-là. Je me tourne vers Lola :

"On y va ?

- Aaaaah nooooon pas tout de suite j’ai TROP chaud !"

Je soupire et frissonne un peu ; après toutes les frictions sous la douche, j’ai presque froid ici. Je me tourne à nouveau vers Lola :

"On y va ?

- Roooo, pas déjà, laisse-moi m’habituer à la chaleur."

Je soupire encore.

Pendant que Lola s’acclimate, je regarde les gens autour de moi. Une femme en sous-vêtements noirs se coiffe ; une autre a dégrafé son soutien-gorge et fait couler de l’eau sur son ventre ; une autre est allongée et ferme les yeux. Elles semblent habituées. Peut-être qu’elles viennent là tous les jours ? Non, je ne pense pas que l’on puisse aller au hammam tous les jours, alors peut-être toutes les semaines. En tout cas, elles paraissent à leur aise ici. Moi aussi, remarquez. Tout est si calme… Et tant qu’il y a de la vapeur, des mosaïques et l’odeur de l’eucalyptus, je me sens bien. Il y a juste mon ventre qui m’encombre ; je n’aurais pas dû manger un gingerbread cake au Starbucks d’en face avant de venir.

La vapeur continue de sortir de la porte, et je me tourne à nouveau vers Lola :

"On y va ?

- Bon, ok.

- Quoi, c’est vrai, on peut y aller ?"

Nous nous levons et je pousse la fameuse porte. J’ai la sensation d’avaler de l’eau brûlante, et d’être ébouillantée au visage : la vapeur est trop chaude ! Je suffoque, hésite un peu, mais avance quelques pas. La pièce a beau être minuscule, on n’en voit pas le mur opposé. L’air est irrespirable. D’ailleurs, reste-t-il de l’air ou est-ce seulement de la vapeur d’eau ? Est-ce vraiment normal qu’il fasse si chaud ? Je m’allonge sur un banc, en espérant que la chaleur sera moins forte près du sol. Je ferme les yeux, car mes lentilles sont déjà desséchées (au fait, comment peuvent-elles être desséchées dans un endroit si humide ?). Lola, qui mourait de chaud dans l’autre pièce, supporte mieux cette chaleur que moi. A mon grand regret, je me vois contrainte de sortir après quelques minutes. Je le conçois presque comme un échec : je n’ai pas pu tenir dans la pièce chaude d’un vrai hammam…

Lola sort deux minutes après, fraîche comme un gardon, et s’assied à côté de moi. Elle s’empare du bol qu’on lui a donné et s’asperge d’eau. Voyant dans quelle délectation cela la plonge, je l’imite. L’eau coule entre mes doigts, sur mes épaules et sur mes jambes, je me sens comme une tarte Tatin sortie du four cherchant un peu de fraîcheur dans la boule de glace à la vanille qu’on lui pose dessus. Ça fait d’autant plus de bien que mes jambes sont étrangement lourdes ; mes mollets n’ont jamais été si gonflés, et je me sens toute engourdie. Nous restons longtemps sur notre banc à nous asperger d’eau. Heureusement pour la planète, nous n’allons pas au hammam tous les jours.

Lola va chercher le savon noir dans notre casier, et nous nous savonnons à nouveau. A ce moment-là, une hôtesse passe la tête par la porte :

"Bonjour mesdemoiselles, vous aviez demandé un massage ou pas ?

- Non.

- Faites attention avec le savon noir, n’en utilisez pas beaucoup parce que ça bouche les canalisations.

- Ah bon ?

Elle referme la porte et s’en va. Je me tourne vers Lola :

- Mince, si elle savait tout ce qu’on a utilisé, elle appellerait directement le plombier.

- Pourquoi le plombier ?

- Ben elle a dit que ça bouchait les canalisations.

- Quoi ? Moi j’ai compris qu’elle disait que ça bouchait les pores de la peau !"

Nous restons perplexes. Nous ne saurons jamais qui a bien entendu et qui est sourde comme un pot.

Nous remontons nous rhabiller. Nous nous sentons ultra zen – donc totalement endormies. Jude nous attend devant la porte du hammam.

"Alors, c’était bien ?

- Ouais super bien, mais alors qu’est-ce que ça fatigue ! On irait bien faire une sieste !

- Ah non, maintenant c’est après-midi shopping !"

Avis à toutes celles qui veulent faire des économies pendant leurs cessions "shopping entre copines" : prévoyez une séance de hammam deux heures avant, et vous êtes assurées qu’au lieu de courir entre les rayons, vous dormirez sur les fauteuils des cabines d’essayage.

 

Pour plus d'informations : www.lesbainsdelopera.com

C. T.

Crédits photos : Les Bains de l'Opéra

Deux heures au hammam des Bains de l'Opéra (Lyon)
Tag(s) : #Reportages

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