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J'ai testé la cure détox

Je rentre de deux jours gastronomiques dans le Périgord, avec dîner chez un grand chef, petits-déjeuners à volonté et dégustation de foie gras. Après 48 heures de ce régime, je me sens comme un de ces nombreux foies gras sur pattes des campagnes périgourdines, qui se traînent laborieusement d’un bout à l’autre de l’enclos. Je ne supporte plus ni mon ventre énoooorme, ni mes hanches qui font tout ce qu’elles peuvent pour exploser les coutures de mon pantalon. Mais plus que tout, ce gavage intensif semble avoir éteint en moi toute énergie et bonne humeur. Je me sens endormie et taciturne. J’ai besoin de recharger mes batteries autrement que par des bouffées d’air pur et des bouchées de nourriture. Je crois bien que le moment est venu de faire ma première cure détox !

Vendredi

C’est vendredi matin, je suis rentrée tard la veille du merveilleux Pays du Foie Gras, et après avoir avalé deux portions énormes de brioche aux pépites de chocolat, la décision est prise : je me lance dans une cure détox ! Finies les brioches, les pépites et le chocolat, jusqu’à dimanche je n’avalerai rien qui ne contienne au minimum 70 % de fibres et de vitamines. Vous trouverez peut-être ça bizarre de commencer une cure sur un morceau de brioche ; peu importe, il faut un élément déclencheur pour commencer, et l’élément déclencheur était que ce morceau de brioche était le morceau de trop. Je veux débarrasser mon corps de tout ce qui l’encrasse, brioche comprise.

Je commence ma cure détox par en faire l’annonce publique sur mon Wall Facebook ; rien de tel pour se motiver que de prendre tout le monde à témoin. Sur ce, je reçois un mail de Karine qui m’invite samedi soir à une fondue chez elle. Je grogne : ça commence bien ! Peu importe, je ne suis pas fana de fromage, j’apporterai mes légumes et un ananas pour le dessert. J’ai à peine répondu à Karine que mon portable vibre ; c’est Myriam, qui m’envoie un SMS pour me proposer de faire du shopping. "Ok, je réponds, mais après le déjeuner car je fais une cure détox et je ne veux pas manger au resto." Myriam m’appelle aussitôt : "Tu fais une cure détox ? J’avais voulu en faire une il y a quelques années, mais je n’ai pas tenu 24 heures. C’était trop dur. J’ai fini par me ruer sur un paquet de biscuits qui traînait dans un placard." Merci Myriam pour tes encouragements.

J’avale une banane et un fromage blanc à 0 % (je ne sais pas si la banane est vraiment détox, mais c’est tout ce qu’il reste dans ma corbeille de fruits. Je n’ai pas eu le temps de faire les courses, j’irai après le shopping), et je rejoins Myriam au coin de la rue. A priori, la cure détox impliquerait plutôt de rester sagement chez soi ou en tout cas loin des pots d’échappement des voitures, mais il y a des priorités dans la vie que même une cure de détox ne peut empêcher, et le shopping entre copines en fait partie.

Le shopping se passe bien (surtout pour Myriam qui dégaine sa carte bleue plus vite que son ombre), je passe fièrement devant toutes les boulangeries sans même y jeter un œil, jusqu’à ce que la banane et le fromage blanc disparaissent de mon estomac et que celui-ci crie famine. Sur le chemin qui nous mène chez le primeur, où j’ai bon espoir de trouver un kilo de pommes et dix bananes pour caler mon ventre, Myriam trouve le moyen d’engloutir un brownie et d’entrer chez le chocolatier, d’où elle ressort avec une bourriche de chocolats. Pourquoi les amies sont-elles toujours si enclines faire échouer vos bonnes résolutions ? Je résiste, non sans la maudire, mais je résiste quand même. A vrai dire, je n’ai aucun mérite ; j’ai tellement ingurgité de chocolat et de graisses dans le Périgord que c’est comme si la moindre cellule de mon corps en était imprégnée. Et puis, c’est peut-être plus facile de se tenir à une cure lorsque celle-ci n’a pas pour but premier l’amaigrissement ?

J’achète deux pommes chez le primeur (le client précédent vient d’acheter tout le stock de bananes, ce qui est certainement une bonne chose pour ma cure détox), et les dévore en dix minutes. Eh bien croyez-le ou non, je suis repue. Et ces deux pommes étaient délicieuses – de toute façon, étant donné leur prix exorbitant, j’aurais porté plainte dans le cas contraire. Au détour d’une rue, nous croisons Louis, qui sort du restaurant japonais. Il nous propose de le rejoindre dans un bar à bières ce soir.

"Ah non, je dis, pour moi ce n’est pas possible, je fais une cure détox.

- Et alors ? demande Louis.

- Et alors, je ne peux pas boire de bière, ni d’alcool.

- Un Coca ?

- Non plus.

- Un jus de fruit ?

- Encore moins.

- Un café ?

- Ouh la, le café c’est ce qu’il y a de pire ! Je ne peux boire que de l’eau et du thé. Et puis, je dois me coucher tôt. Ça fait partie de la cure.

- Pffff, c’est nul cette cure. Ça sert à quoi ? Tu veux encore maigrir ?

- Non, je veux décrasser mon organisme.

- Pourquoi tu fais ça le week-end ?"

Je commence aussi à me poser la question.

"Parce que c’est censé être le meilleur moment de la semaine pour une cure détox, sauf quand on a des amis qui mangent des fondues ou boivent de la bière.

- Ben alors bon courage !

- Merci…"

Pourquoi la convivialité ne peut-elle pas rimer avec eau minérale et soupe de légumes ?

Je quitte Myriam qui a dépensé en cinq heures la moitié de son salaire mensuel, et entre chez Auchan pour faire le stock de vivres "détox". Je fonce directement à la case "fruits et légumes", sans passer par les cases "fromages" ou "poulets rôtis", et m’arrête au stand – minuscule – de produits bio. Il n’y a pas d’ananas. Pas de mangue. Même pas de banane ! Ce rayon est d’une tristesse sans nom, je me féliciterais presque de ne jamais manger bio hors cure détox. Et les prix sont… extravagants. Bon. Il faut ce qu’il faut, et une bonne cure détox est forcément une cure bio. Je ferme les yeux, jette dans mon panier une barquette de pommes, un filet d’oranges, quatre citrons, deux poireaux, un brocoli, des betteraves sous vide et une tranche de potiron, et file en caisse. J’aurais pu m’offrir une crème minceur pour la même somme, mais peu importe, la détox avant tout.

Je rentre chez moi, légèrement exténuée par mes cinq heures de shopping et ma demi-heure bio chez Auchan. J’allume la télé, et je coupe les poireaux et le potiron de ma soupe détox pendant que Jacques régale ses invités avec un gigot d’agneau et des tuiles au parmesan dans Un dîner presque parfait. Ça devait être sacrément bon, ils lui ont donné 8,3 pour la note de cuisine. De mon côté, je ne suis pas certaine que ma soupe insipide obtiendrait plus que 0,5 ; ça manque de pommes de terre, ça manque de bouillon de poule Knorr, ça manque de crème fraîche, ça manque de tout. Je n’ose même pas saler, car je ne suis pas certaine que le sel soit très "détox". J’avale ma soupe sans broncher ; heureusement, le dîner presque parfait de Jacques est terminé, ils parlent de cellulite dans 100 % mag ; enfin un sujet qui motive !

Je me couche à 22 heures. Pendant ce temps, les autres sont au bar. Mais quand je pense à leurs organismes pollués par les toxines, mes regrets disparaissent et je me réjouis en songeant que bientôt, mes reins et intestins seront propres comme des sous neufs ! 

Samedi

J’ai passé une nuit atroce. J’ai fait une dizaine de rêves fabuleux dans lesquels je dévorais d’énormes parts de brownie, des tartines de fromage et des tranches de bœuf grandes comme ma salle de bains. Ça semblait si réel que j’ai forcément grossi dans mon sommeil. Je me suis levée trois fois pour aller aux toilettes, retournée vingt-six fois à la recherche d’une position pour calmer ma faim, pour finalement être debout à 7 heures. La détox, ce n’est pas de tout repos.

Je m’offre un verre d’eau tiède citronnée – soi-disant que ça accélère l’élimination des toxines. Puis une orange et un thé vert. Puis un pamplemousse. L’avantage de se nourrir exclusivement de fruits et légumes, c’est qu’on ne culpabilise pas de manger toutes les heures.

Midi. L’heure du déjeuner. Je mixe une soupe de poireau et potiron bio (la soupe la plus chère de ma vie, donc), que je déguste en regardant Desperate Housewives : rien de tel que des héroïnes qui n’ont que la peau sur les os pour savourer une soupe qui n’a pas de goût. Le pire, c’est que pendant ce temps, les steaks de jambon sont en train de se périmer dans mon frigo, et je ne peux même pas les sauver. Pareil pour le guacamole et le cantal. J’avale une pomme en regardant Susan casser le nez d’une pauvre esthéticienne chinoise. Puis une banane. Puis un bol de cerises. Je ne sais pas comment font les végétariens, mais je serais énorme si je ne mangeais pas de viande ni de féculents. Hier ça semblait beaucoup plus facile. Je me demande comment je vais résister à la fondue de ce soir. J’ai intérêt à amener un bol de soupe sacrément grand pour ne pas craquer.

Plus l’heure tourne, plus je ressens l’envie furieuse de dévorer n’importe quoi d’autre qu’un fruit ou un légume. Toutes ces fibres ont fini par me donner mal au ventre. Je tourne désespérément autour du pot de Nutella, comme un chat autour d’un oiseau sur la branche. Bizarrement, je continue de résister. Les toxines ne m’auront pas ! Mais ce soir, j'ai peur de craquer avec l’odeur du fromage de la fondue. J’aurais dû inventer un prétexte pour ne pas y aller. J’espère qu’il n’y aura pas de fumeur : la fumée de cigarette anéantirait tous mes efforts, ce serait dramatique. Je m’empare de mon téléphone avec la ferme intention d'annuler, lorsque je me souviens d’un conseil que j’avais lu jadis dans un magasine d’ado : "Ne vous décommandez jamais d’une soirée au dernier moment ; on pourrait ne plus jamais vous inviter". Ce serait encore plus dramatique que la fumée de cigarette. Et puis j’ai sincèrement envie de voir mes amis, cure détox ou pas. Je respire un grand coup en me maquillant : "Tu ne mangeras pas de fromage, tu ne mangeras pas de fromage…". À la place, je mangerai du riz blanc et des tomates cerises. Il faut souffrir pour se débarrasser des toxines.

Je décide de marcher jusqu’à chez Karine au lieu de prendre le tram. Je me retrouve le nez dans les pots d’échappements des bus du samedi soir, et je songe, désespérée, à toutes ces toxines qui envahissent à nouveau mon corps sans défense. C’est injuste. La cure détox en ville, c’est vraiment mission impossible, à moins de se déplacer en Mercédès équipée de purificateur d’air. Marie et Kim sont déjà là, et boivent une vodka pomme. Karine me demande ce que je veux boire :

"Un verre d’eau, merci.

- Tu ne veux pas un Martini, comme d'habitude ?

- Ouh la, surtout pas, je suis en cure détox.

Kim : "C’est quoi, ça, la cure détox ?

Moi, pour la centième fois depuis hier midi : "C’est pour éliminer les toxines de mon corps.

Kim : "Et ça marche ?

Moi, sincère : "Oui, je me sens super zen.

Et un peu anémiée aussi, mais surtout très zen : c’est reposant de savoir que l’on fait du bien à son corps. Karine me sert mon verre d’eau (le cinquantième de la journée), que j’avale d’un trait car j’ai déjà la gorge sèche. Je me demande si c’est bon pour les reins de boire autant.

Les derniers invités arrivent et, mis au courant de ma cure détox, s’enquièrent tour à tour des principes de base – le principe de base étant d’être très pédagogue avec son entourage et de ne pas avoir peur de se répéter. Karine branche l’appareil à fondue et pose sur la table fromages, charcuteries, pain, purées, œufs de cailles et sauces (elle ne fait jamais les choses à moitié). Je pose humblement sur mon assiette un Tupperware de riz et tomates cerises, en essayant de me convaincre que ce sera bien meilleur que la fondue gargantuesque de mon amie. Chacun s’empare d’une pique pour tremper son bout de pain ; je m’empare de la mienne pour manger mes grains de riz.

Marie : Pourquoi tu manges avec la pique ?

Moi : Pour manger plus lentement.

Louis : Tu as l’art de te gâcher la vie pour rien, non ?

Je lui tire la langue et commence ma dégustation grain après grain. Tout le monde me regarde avec compassion, et je sais qu'il est inutile de leur expliquer quel profond bonheur je ressens de manger du riz après 36 heures de fibres !

Apparemment, la fondue est un délice. Mes amis se font un malin plaisir de me proposer des œufs de caille ou du fromage toutes les cinq minutes, mais je refuse, et je m’aperçois avec étonnement que ça n’est pas si difficile que ça de manger différemment. Vient le moment du dessert, Louis et sa copine ont amené un gâteau et j’espère seulement que ça n’est pas une tarte aux fruits car j'adore ça. Ouf, ça n’est qu’un stupide fondant au chocolat, plein de mousse et de crème de griottes (croyez-le ou non, je n’aurais pas troqué mon fromage blanc à 0 % contre ce gâteau, ça non). Mes amis écarquillent des yeux ronds comme des soucoupes en voyant mon impassibilité :

"Comment tu peux résister à un gâteau au chocolat ?"

Je rétorque : C’est très bon aussi, le fromage blanc.

Ils s’exclament, admiratifs : Toi, quand tu veux quelque chose, tu sais t’y tenir.

Kim ajoute : Bravo, c’était un beau défi, tu l’as bien relevé.

Merci Kim. Vive la détox pour passer pour une warrior aux yeux de ses amis !

Dimanche

Je m’offre une grasse matinée bien méritée (sans aller-retour aux toilettes et sans rêve gastronomique) et songe en me levant (11 heures) qu’il ne me reste officiellement plus que soixante minutes d’ici à la fin de ma cure. Je mange donc mon orange bio en souriant : bientôt, à moi les tartines de pain complet au Kiri et les steaks de bœuf saignants ! Le hic, c’est qu’avant de sauter sur la nourriture, la vraie, il me reste mes légumes bio à finir. J’ai déjà dû jeter un citron qui moisissait (et à 50 centimes le citron, inutile de vous dire combien je le regrette). Histoire de sauver quelques gouttes de ceux qui restent, j’offre un bain de vapeur citronné à mon visage.

Après avoir fait tout mon possible pour venir à bout de la soupe (mais même les soupes à l’eau sont bourratives), je rejoins Marie à une expo sur les bienfaits des aliments. C’est on ne peut plus à-propos pour mon week-end détox. Je ne sais pas si c’est en pensant à moi qu’elle a eu cette idée, ou si c’est le fait d’arrêter de fumer qui la fait angoisser pour son poids ; toujours est-il que grâce à son idée qui avait tout pour être lumineuse, nous voilà au milieu d’enfants qui courent et de parents qui crient. Pourquoi l’hôtesse ne nous a-t-elle pas dit que c’était une expo pour les 8-12 ans ?

Lassées de nous faire bousculer à chaque pas, nous sortons faire du lèche-vitrine (quel bonheur les quartiers où les magasins sont ouverts le dimanche ! ça redonne vraiment du baume au cœur). Et bien sûr, comme à chaque fois que nous passons par là, nous entrons dans la boutique Lindt. Marie essaie de se concentrer plus sur le faux marbre du sol que sur les étagères déjà remplies de pères Noël et de boîtes Champs-Élysées, pour ne pas subir la torture de l’irrésistible appel du chocolat. Elle me supplie de me dépêcher, mais je n’y arrive pas : 1, je n’ai mangé que des fruits et légumes pendant les 54 dernières heures, 2, mon cerveau est aussi vide que mon estomac, je me sens comme au ralenti, et 3, ma cure détox étant officiellement terminée, ce magasin est pour moi le paradis. J’hésite entre les Lindor et les rochers Pyrénéens. Marie soupire de plus en plus fort, au fur et à mesure que sa résistance à l’appel du chocolat faiblit :

"C’est atroce, depuis qu’on est entrés je dois résister non seulement à la cigarette, mais aussi au chocolat !"

Je réalise tout à coup ce qu’elle est en train de subir, et pose ma boîte de Pyrénéens.

"Allez viens, on s’en va !

- Tu n’achètes rien, finalement ?

- Non. Si tu résistes au tabac ET au chocolat, je peux bien résister au chocolat."

Finalement, nous sommes rentrées chez moi, et pour nous consoler de tous les chocolats que nous n’avons pas achetés chez Lindt, nous nous sommes offert de belles tartines de Nutella. Et pour la première fois, je n’ai pas ressenti une once de culpabilité. Si vous aussi vous voulez avoir la sensation d’avoir mérité vos tartines de Nutella, je n’ai qu’un conseil à vous donner : lancez-vous dans une cure détox !

C. T.

J'ai testé la cure détox
Tag(s) : #Reportages, #Minceur et régimes

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